La croissance est-elle une utopie ?

par | 30 Mai 2012 | Crise, Economie, Europe, France, Politique | 0 commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

La croissance est dans les bouches de tous les dirigeants du G8. Elle est aujourd’hui prĂ©sentĂ©e comme la solution Ă  tous les maux Ă©conomiques. Qu’en est-il vraiment ? Peut-on encore croire au redressement de l’économie et Ă  la rĂ©duction de la dette publique ? RĂ©ponses dans ce dossier consacrĂ© Ă  la croissance en France.

Les chiffres catastrophiques de la croissance

En France, la croissance annuelle peine à dépasser la barre des 2%. En 2011, le produit intérieur brut (PIB) a laborieusement progressé de 1,7%. Un trÚs léger mieux par rapport à 2010 (+1,5%), qui suivait une année 2009 aux chiffres désastreux (-2,7%).

Le dĂ©tail trimestriel n’est pas plus glorieux : 0 % au 2nd trimestre 2011, 0,3% au 3Ăšme trimestre 2011, 0,1% au 4Ăšme trimestre 2001. Le 1ier trimestre 2012 a vu une nouvelle baisse de sa croissance, avec une croissance nulle. (Source Insee et OCDE)

Une bonne croissance, c’est quoi ?

C’est bien sĂ»r une croissance positive, au moins supĂ©rieure Ă  1 ou 2%. Les derniers chiffres de prĂ©visions de croissance pour 2012 sont tombĂ©s : 0,6% de croissance, a annoncĂ© l’Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE). C’est plus que les prĂ©cĂ©dentes prĂ©visions (0,3% annoncĂ© en novembre 2011 pour l’annĂ©e 2012), mais c’est peu comparĂ© aux prĂ©visions de croissance mondiale, estimĂ©es Ă  3,4% pour 2012.

Une bonne croissance, c’est aussi une croissance qui rĂ©pond aux minimas Ă©tablis par l’Europe. Car pour appartenir Ă  l’Union Ă©conomique et monĂ©taire europĂ©enne, un pays doit respecter les critĂšres fixĂ©s par le traitĂ© de Maastricht. Cela implique un dĂ©ficit  public annuel infĂ©rieur Ă  3% du PIB et une dette publique infĂ©rieure Ă  60% du PIB. La France, avec sa faible croissance et son endettement grandissant, ne respecte plus ces critĂšres depuis 2007


Comment relancer la croissance ?

Comment relancer cette croissance si chĂšre aux gouvernements, qui est prĂ©sentĂ©e aujourd’hui comme la solution Ă  tous les maux et notamment Ă  celui de la dette souveraine ? En thĂ©orie, la croissance peut provenir de trois sources. La premiĂšre : la croissance de la population, qui entraĂźne naturellement une augmentation de la demande de biens de consommation. Si les chiffres en France sont positifs (Source Insee), c’est un trop lĂ©ger coup de pouce pour la croissance.

La seconde source possible de croissance est le progrĂšs technique. Moteurs de l’innovation et de gains de productivitĂ©, les progrĂšs techniques favorisent la demande de biens d’équipement et par consĂ©quence, la croissance. C’est la raison pour laquelle les budgets allouĂ©s Ă  l’Education et la Recherche et aux infrastructures pĂšsent si lourd dans les dĂ©penses, afin de mieux bĂ©nĂ©ficier de leurs retombĂ©es.

Avec la consommation des mĂ©nages et l’investissement, une troisiĂšme composante entre en jeu dans un contexte d’ouverture des frontiĂšres Ă©conomiques et d’échanges europĂ©ens et internationaux : le commerce extĂ©rieur.

La croissance est dans toutes les bouches

Lors du G8 Ă  Camp David, les 19 et 20 mai 2012, les prĂ©sidents prĂ©sents n’ont eu cesse de parler de croissance. Mais derriĂšre ce terme gĂ©nĂ©rique, les points de vue et les objectifs divergent
 Ce qui fait la croissance des uns ne fait pas la croissance des autres !

CĂŽtĂ© gouvernement français, la croissance est aujourd’hui considĂ©rĂ©e comme une prioritĂ©, ne serait-ce que pour Ă©pargner le moral des français, qui ne rĂ©sisterait pas Ă  des plans d’austĂ©ritĂ©. Il n’y a qu’à voir les rĂ©actions, comprĂ©hensibles, des Grecs face aux mesures d’austĂ©ritĂ© imposĂ©es par leur gouvernement


Que propose François Hollande pour favoriser la croissance ? Principalement des solutions au niveau europĂ©en : une Banque europĂ©enne d’investissement, des fonds structurels, des project bonds, des eurobonds. De bien louables ambitions, mais qui requiĂšrent l’accord de tous les pays membres et du temps pour ĂȘtre mises en place, un temps que la GrĂšce criblĂ©e de dettes et assaillie par ses crĂ©anciers ne peut s’offrir.

De l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Barack Obama a apportĂ© son soutien Ă  cette croissance tant convoitĂ©e par le gouvernement français. Les Etats-Unis verraient en effet d’un trĂšs bon Ɠil une relance Ă©conomique europĂ©enne, qui favoriserait leurs exportations. Pour parvenir Ă  la croissance, Barack Obama suggĂšre Ă  l’Europe de s’endetter massivement, via des plans de sauvetage au niveau europĂ©en Ă  hauteur de deux Ă  trois mille milliards d’euros. De tels plans de sauvetage seraient tout Ă  l’avantage de l’économie amĂ©ricaine, mais Ă  quel prix pour l’Europe !

Bref, si tous les gouvernements prĂ©sents lors du G8 s’entendent Ă  dire que la croissance est une prioritĂ© pour sortir de la crise, tous ne la voient pas du mĂȘme Ɠil. D’ailleurs, aucune d’initiative commune n’a Ă©mergĂ© du G8.

Pourquoi la croissance est une utopie

Souvenez-vous, il y a Ă  peine deux ans, la croissance Ă©tait dĂ©jĂ  dans toutes les bouches. Prime Ă  la casse pour les achats de vĂ©hicules neufs, soutien Ă  l’achat immobilier, aides aux plus dĂ©favorisĂ©s, etc. tout Ă©tait fait pour relancer la consommation et la croissance. Peine perdue


Puis, ce fut le tour de l’austĂ©ritĂ©. Il y a un mois seulement, les gouvernements ne juraient que par la sainte austĂ©ritĂ© pour se relever de la crise Ă©conomique et sortir de l’endettement massif. Pas question Ă  ce moment de croissance ! Seule l’austĂ©ritĂ© permettait d’entrevoir une mince porte de sortie, nous disait-on. RĂ©sultats ? Le compteur de la dette ne cesse de tourner.

Aujourd’hui, Ă©niĂšme changement stratĂ©gique : les gouvernements nous resservent de la croissance Ă  toutes les sauces. Seulement, nous ne sommes plus crĂ©dules, la croissance n’est pas la solution que les pontes Ă©conomistes et politiques veulent bien nous servir. Les marchĂ©s risquent toujours de s’effondrer, la dette de flamber et notre Ă©pargne de fondre comme neige au soleil, si elle n’est pas constituĂ©e de valeurs refuges tangibles tel que l’or physique.

La croissance est belle et bien une utopie, dans un monde oĂč la raretĂ© devient la rĂšgle. Les ressources naturelles ne sont pas infinies, la croissance non plus. Il est temps de crĂ©er un nouveau modĂšle Ă©conomique qui prenne en compte cet Ă©tat de fait.

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Faure, Jean-François
Jean-François Faure. PrĂ©sident d’AuCOFFRE.com. Voir la biographie.

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